samedi 30 juillet 2016

Pèlerinage vers Saint Jacques (juillet 2016)

Je suis donc -déjà- revenu de mes péripéties sur le Chemin.

Je suis parti le 6 juillet au matin, jour où j'ai pris le train pour Tours.


J'ai réellement commencé à marcher le 7 juillet, jour de mon départ de Tours sur la Via Turonensis, la Voie de Tours (qui débute aussi à Paris, si on veut). Cette voie, surnommée « Le Grand Chemin de Saint-Jacques » si j'en crois ce que j'ai pu lire, est la plus ancienne des 4 grandes voies françaises mais, assez curieusement, c'est une des moins fréquentées.

[...]
3-      Les autres voies sont très significativement moins fréquentées. La voie de Tours  retient 10% des pèlerins, la voie de Vezelay, 9%. Elles accueillent de 800 à près de 1000 pèlerins, chacune.
4-      Les voies d’Arles et du Piémont Pyrénéen n’atteignent pas, regroupées, 600 pèlerins.
[...]
(source : http://www.pierre-compostelle.com/2013/03/le-nombre-de-pelerins-des-chemins-de.html)

En route, j'ai fait une halte de 3 jours (les 18, 19 et 20 juillet) dans un refuge situé à Melle, refuge tenu par le très sympathique Jean-Jacques, pour laisser passer la canicule qui faisait monter la température à 40°C et plus, ainsi que pour éviter les orages devant succéder aux vagues de chaleur. De cet arrêt ont découlé 2 jours sans marcher (les 19 et 20). Cette halte était également l'occasion de réfléchir à ce que j'avais entrepris car je sentais que j'avais un peu fait n'importe quoi en me lançant sur les chemins de Saint-Jacques.

À partir de mon départ du refuge, ma décision était prise et arrêtée : je stopperai mon pèlerinage à Saintes.


Le 23 juillet, je suis arrivé à Courcelles, juste avant la « ville-étape » de Saint-Jean-d'Angély. Chaleureusement accueilli par Marie-Jeanne, qui a aussi ouvert un refuge jacquaire, elle m'a conduit à Saint-Jean et m'y a déposé pour que je visite la ville, puis je devais revenir chez elle à pieds. Au bout du compte, j'avais marché toute l'étape décrite dans le guide.

Cependant, mes discussions avec Marie-Jeanne confirmaient ce que j'avais décidé suite à mes réflexions avec Jean-Jacques : il « était temps » que je m'arrête. Sur ce, Marie-Jeanne a proposé de me reconduire à Saint-Jean-d'Angély le lendemain pour que j'y prenne le train. J'ai accepté.

Le 24 juillet, je zappais les 35 kilomètres et demi séparant Saint-Jean-d'Angély de Saintes, par le train. Un des paramètres qui m'a aussi décidé à couper de la sorte, en plus de mon ressenti qui me poussait à arrêter là, était le trop peu de possibilités de logement entre ces deux villes pour pouvoir diviser cette grande étape d'une manière qui me convenait.

Le 25 juillet à 07h32, je prenais le train pour revenir. Après 10 bonnes heures de train dans la face (dont 03h30 passées à attendre les correspondances), j'arrivais à destination où mon pote Greg venait me récupérer en voiture pour me déposer chez moi.

Au bout du compte, j'ai marché 14 jours (en décomptant les jours d'aller et de retour en train, les 2 jours sans marcher dus à la halte, et le jour où j'ai fait une étape en train), 14 jours durant lesquels j'ai parcouru environ 240 kilomètres à pieds (270 avec l'étape en train).

Ça, c'est pour le résumé, résolument concis et rationnel. Je ne pense pas m'étendre sur mes états d'âme et tous les détails de mon aventure ici et maintenant.

Toujours est-il que marcher sur le Chemin est une très belle expérience, malheureusement, les faits sont là : je n'étais absolument pas préparé à ce qui m'attendait !

Voici donc une liste de mes erreurs, juste au cas où ça pourrait aider quelqu'un, ou pour qu'au moins, je puisse moi-même m'en rappeler :

Être parti avec une vision trop idéalisée du Chemin

Non, on ne fait pas Tours – Compostelle en 2 mois. À mois d'être un pur athlète ou un para-commando, il faut compter en réalité environ 3 mois en marchant correctement, soit en accomplissant une vingtaine de kilomètres par jour en moyenne (et sans faire de jour « off », ou très peu). J'ai très, très mal estimé le temps nécessaire à l'accomplissement du périple et, honnêtement, je ne m'explique même pas d'où me vient cette énorme erreur de jugement. Ce manque de discernement explique à lui seul en grande partie pourquoi je n'ai pas cheminé aussi loin qu'annoncé.


Non, on ne rencontre pas forcément « plein de pèlerins » sur le Chemin. J'ai appris à mes dépens que la voie que j'avais choisie était en fait une des plus avares en rencontres. J'ai marché la première semaine complète sans voir qui que ce soit ! La solitude qui en a découlé a été très lourde par moment.

Il faut se méfier des récits de camaraderies et d'amitiés que l'on peut grappiller par-ci par-là, et peuvent laisser croire qu'il y aura du pèlerin à rencontrer un peu partout. Il y a de fortes chances que ces récits soient basés sur une expérience faite sur la Voie du Puy ou le Camino Francès, soit les voies les plus fréquentées (gentiment surnommées « les autoroutes à pèlerins », d'ailleurs), ou de gens ayant fait de toute façon le pèlerinage en groupe.

Non, il n'y a pas de gîte pèlerin ou halte jacquaire à chaque étape. J'ai commis l'erreur de vouloir suivre le topo-guide coûte que coûte, car je pensais que chaque étape avait une raison d'être : la présence systématique d'un gîte pèlerin façon Albergue de Peregrinos espagnole dans la ville d'étape, un lieu pas cher ou fonctionnant en donativo et, accessoirement, propice aux rencontres entre marcheurs.

En fait, ce n'est pas du tout le cas. Sur les chemins français ou, en tout cas, la Voie de Tours, les auberges destinées aux pèlerins sont inexistantes ou quasi. De fait, j'ai souvent dormi dans des chambres d'hôtes, hôtels, campings... Lieux généralement assez chers (minimum 30€ la nuitée, parfois avec un petit-déjeuner inclus), et / ou favorisant de surcroît un certain isolement car, quand on est, par exemple, un pèlerin francophone qui se retrouve au milieu d'une bande de vacanciers néerlandais, ça n'aide pas à ouvrir le dialogue. 


Du côté du prix des logements, une fois passée la barrière psychologique du minimum c'est-30-euros-la-nuit-prix-pèlerin, on s'y fait et on est pas déçu. J'ai malgré tout eu la désagréable impression que 2 ou 3 hébergeurs sur ma route abusaient un peu de la situation des pèlerins fatigués et pressés de trouver un lieu pour se poser, en leur facturant cher et vilain un hébergement et un service finalement identiques ou moindres que ce qu'on a eu ailleurs.

Mais bon, qui dit voie peu fréquentée, dit peu de pèlerins, donc peu ou pas de structures d'hébergement dans les villages et villes traversés, dit encore moins d'hébergements spécifiquement destinés aux pèlerins, et peu ou pas de concurrence entre les lieux de séjour quand il y en a.

Ceci explique que l'on soit souvent tenu de loger dans des lieux certes très biens, mais qui n'ont pas pour vocation première de d'être des refuges / gîtes jacquaires (hôtels, chambres d'hôtes...). Cela induit d'office un coût plus élevé, même sous couvert de « prix pèlerin ».

Être parti sans aucune préparation physique

Je savais que ce n'était pas bien et, pourtant, je l'ai fait : je suis parti sans m'être préparé à l'effort. C'est bête, hein ? Mais bon, le mois de juin a été dégueulasse, il pleuvait ou faisait de l'orage tout le temps et ça m'a découragé de sortir marcher pour m’entraîner.

De plus, une fois sur le Chemin, à vouloir suivre naïvement le topo-guide à la lettre car je croyais dur comme fer qu'il existait des Albergues de Peregrinos à la française dans les villes indiquées en étape, j'ai marché plus de 40 kilomètres sur les 2 premiers jours (en tenant compte aussi du fait que je me suis paumé le second jour, ce qui a largement contribué à anéantir le peu de capacités physiques que je croyais avoir).

Après cela, c'était comme si mon corps me lâchait. La chaleur accablante de l'été en remettant une couche, le troisième jour a sonné de glas de mon enthousiasme : j'ai mis 2 ou 3 fois plus de temps que nécessaire pour faire une étape... Je me traînais littéralement.


En parlant de cela avec Marie-Françoise, une ancienne pèlerine très sympathique qui aide bénévolement à l'association La Barque de Naintré, elle m'a dit que j'avais démarré trop fort ; qu'il valait mieux commencer par de petites étapes de 10 kilomètres, et augmenter progressivement.

En croisant ce conseil avec celui hérité auparavant de Matthieu, le gentil épicier de Sainte-Catherine-de-Fierbois, expliquant que suivre à la lettre le guide est une erreur, car le guide, ne donnerait pas des étapes, mais des « environs géographiques »...

C'est ce que l'auteur du guide a expliqué à Matthieu alors que celui-ci lui faisait justement remarquer le découpage parfois étrange de ses étapes : étape "casses-pattes" pour démarrer de Tours (plus de 20 bornes presque tout le temps en côte), étapes parfois courtes, parfois longues (parfois sans que rien ne le justifie vraiment), haltes jacquaires historiques pas forcément mises en avant, etc.

J'ai, dès les premiers jours, commencé à revoir ma stratégie qui, après tout, n'en était pas une, puisque je me contentais de suivre les indications d'un livre sans aucun recul.

À partir de ce moment, j'ai décidé de ne faire QUE des petites étapes (10 à 15 km maximum), celles-ci se révélant encore parfois assez éprouvantes pour moi.

Si cela soulageait mon corps, ça soulageait aussi mon compte en banque, le genre de soulagement qu'on préfère éviter...

C'est là qu'on se rend compte que le moindre souci peut vite avoir un effet domino. Partir sans préparation physique et mal renseigné a entraîné cette fatigue, qui a entraîné ce besoin de faire halte plus souvent, qui a entraîné plus de dépenses, et a aussi entraîné un grand ralentissement dans l'accomplissement du pèlerinage.

Dans les 2 ou 3 premiers jours, j'ai compris que je n'atteindrais pas Saint-Jacques cet été, à cause des erreurs faites et de leurs conséquences, mais aussi, comme on me l'a dit plus tard, parce que j'étais parti avec une très mauvaise estimation du temps nécessaire.

Être parti en été et avec un sac trop lourd, trop encombrant

Ça aussi je savais que ce n'était pas bien et, pourtant, je l'ai fait aussi.

Commençons par l'été. En réalité, travaillant jusqu'au 30 juin, je ne pouvais pas faire autrement. Et, comme si ça ne suffisait pas, je suis tombé dans une période caniculaire avec des pics de température allant jusque 35 à 40°C, et même plus par endroits ! Il y a eu, sur mon chemin, 2 ou 3 jours plus frais, mais sans plus. Le reste du temps, il y avait beaucoup de soleil et il faisait (très) lourd. La plupart des routes étant sans ombre, on le sent encore plus passer.

Évidemment, cette chaleur a eu pas mal de conséquences sur mes capacités déjà fragiles et fragilisées. Elle rend l'effort plus lourd ; plus pénible, on se déshydrate bien plus vite, on a le sentiment qu'il n'y a « pas d'air », les routes bitumées accentuent la chaleur par rayonnement (on a vraiment l'impression de cuire sur place ; d'être dans un four), les routes en craie deviennent aveuglantes (j'aurais du prendre ma paire de lunettes solaires, finalement). Cependant, je préfère ça à marcher sous la pluie, même si c'est contraignant.

Ensuite, le sac... Tout une histoire. Après avoir passé des heures à le faire – défaire – refaire la veille du départ, il n'était pas encore optimisé.


Dès le premier jour, en arrivant à mon étape, j'ai renvoyé par la Poste ma veste (de toute façon trop chaude pour la saison et puis, en cas de pluie, j'avais un poncho), mon pull (j'avais un pull ET un polaire ! J'ai gardé le polaire car plus chaud en cas de fraîcheur et aussi plus pratique), et un des 2 foulards que j'avais pris (pourquoi en prendre 2 ? Va savoir...). En renvoyant cela, j'ai visiblement gagné un bon kilo sur le poids du sac (poids du colis : 1 kilo et 200 grammes).

J'ai senti la différence, mais son sac restait pesant. Je l'ai malgré tout trimballé tel quel jusqu'au refuge de Melle où j'ai abandonné mon tube de lessive à main (entamé, mais il en restait pas mal), mon paquet de lingettes nettoyantes (j'en avais pris car ça peut être utile, mais j'en avais acheté un gros paquet qui devait peser 300 ou 400 gr à lui seul), et autres petites choses dérisoires comme des échantillons de crèmes et mon gros paquet de coton-tiges (j'en ai juste gardé une petite poignée dans un sachet en plastique). Là, j'ai dû gagner environ 500 grammes à mon avis (je n'ai pas pu peser). Pas grand-chose, mais c'était toujours ça de pris.

Bien qu'accoutumé à mon sac depuis plusieurs jours (il ne me faisait plus mal aux épaules), je me rendais bien compte que même avec 1 kilo 7 en moins dedans (estimation du poids gagné) ça restait un certain fardeau. Peut-être il y avait-il aussi un souci dans les réglages des sangles. Je respectais pourtant la procédure pour l'ajustement du sac donc, si quelque chose a foiré à ce niveau-là, je ne vois de quoi il s'agissait.


Toujours est-il qu'à mon retour, mon premier réflexe a été de peser mon sac. La balance a indiqué 11,8 kilos ! J'ignore si la pesée a été quelque peu faussée, car je devais maintenir le sac pour qu'il tiennent sur la balance, mais ce poids me semble tout à fait réaliste. J'estimais le poids de mon sac à une dizaine de kilos, après tout. Mais je ne pensais pas que je dépassais à ce point la limite conseillée pour un homme, à savoir 10 kg.

Serais-je parti avec un sac pesant 13 kilos ou plus ?! Quand j'y pense, ce n'est pas impossible...

Quand je pense qu'il y a un calcul qui dit qu'un marcheur ne devrait pas porter plus de 10% de son poids. Ça n'empêche pas de porter plus, mais pour des raisons de confort et pour s'économiser au mieux, c'est conseillé. Dans ce cas, puisque je pèse dans les 70 à 72 kg, je devrais donc porter un sac de 7 kg maximum.

Un sac de 7 kg. Le rêve. Le délire.

C'est tout à fait possible, à condition de vraiment optimiser ce que l'on embarque. Prendre le strict minimum et, aussi, que ce strict minimum soit aussi lui-même optimisé :

  • Ne pas avoir un grand cas à dos, tout simplement. Plus un sac est grand, plus il est déjà lourd lui-même, et plus on va avoir tendance à le remplir plus que de raison. C'est une erreur que je voulais éviter, mais je l'ai tout de même faite. Idéalement, un marcheur au long cours devrait partir avec un sac d'une capacité d'une trentaine de litres. Ça oblige à aller à l'essentiel, à se contenter du minimum, et à mieux choisir son matériel pour pouvoir tout mettre dedans ;
  • Opter pour des vêtements « techniques » conçus pour être les plus légers possibles (et, en plus, ils sèchent plus rapidement quand ils sont mouillés), ainsi que pour des « gadgets » bien pratiques car plus légers et moins encombrants, comme un couvert multi-fonction en plastique (au lieu d'un set complet de couverts traditionnels), une serviette éponge compacte (au lieu d'un grand essuie de bain classique), un ensemble gamelle et quart compact et plus léger, etc.
  • Prendre des produits de soin et médicaments éventuels réduits à leur strict minimum et dans leur plus petit conditionnement possible, quitte à prendre des produits entamés ou à en transvaser une partie dans des flacons de voyage. Ne pas prendre des bidons de lait solaire et d'anti-douleur musculaire de 250 ml, par exemple. Ce que j'ai fait, en plus de prendre avec moi d'autres médicaments qui se sont révélés inutiles, comme de l'anti-fongique. C'est bien d'être prévoyant, mais là c'était trop. Le Chemin, ce n'est pas la jungle, non plus. Il y a des pharmacies et des magasins un peu partout donc, autant ne pratiquement rien prendre et (r)acheter les produits de soin et autres médocs en cours de route lorsque que le besoin s'en fait sentir;
  • Ne pas forcément prendre de sac de couchage (un sac de couchage, même léger, pèse environ 1 kg). Un sac à viande peut suffire. Mais attention, selon la période à laquelle on part et les lieux traversés, il est parfois conseillé de prendre un sac de couchage plutôt qu'un sac à viande. De plus, et les hébergements ne proposent tous pas des couvertures – ou des couvertures qui inspirent confiance-, il vaut mieux donc avoir son propre matériel pour dormir. Malgré tout, dans les conditions que j'ai connues, en été, avec une canicule, et avec des hébergements qui fournissent les draps et couvertures dans la majorité des cas, c'est clair que mon sac de couchage était de trop.

Conclusion

Sur la fin, la solitude, la fatigue et le manque de préparation se faisaient vraiment sentir. J'en étais même venu à me demander ce que je foutais là, à bouffer les kilomètres comme un con. Je finissais par trouver ça routinier ; trop routinier peut-être, et vide de sens.

Je m'en suis voulu d'avoir pensé que le Chemin devenait chiant mais, au fond, cette lassitude était simplement le signal que j'avais atteint ma limite pour le moment. Quoi qu'il en soit, mon objectif principal, oser me tirer de mon marasme, partir à l'aventure et déconnecter, a été accompli.

Malgré les déconvenues et le mauvais esprit qui m'a hanté dans les derniers jours, mon bout de Chemin a été une super expérience, et j'espère bien pouvoir le reprendre à l'avenir et aller au bout. Et même au-delà, pourquoi pas. Je compte donc y retourner, mieux préparé et plus motivé que jamais.


Davantage à découvrir sur : instagram.com/jurassicatomicairlines.

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